Zone Franche à l’Institut des Cultures d’Islam : premier QG Saison Africa 2020

Vernissage virtuel de l’exposition Zone Franche ICI Paris, saison Africa2020

En parallèle à l’exposition Zone Franche conçue par l’Institut des Cultures d’Islam en partenariat avec Think Tanger et Doual’art, pendant 6 mois l’Institut des Cultures d’Islam devient le Quartier Général Paris – Goutte d’Or de la saison Africa2020. La programmation pluridisciplinaire de ce centre culturel panafricain temporaire propose une cinquantaine d’événements mettant à l’honneur les artistes du continent et leur regard sur le monde. Stéphanie Chazalon, directrice de l’ICI que j’avais rencontrée et interviewée en novembre 2018 (relire) insiste sur la force d’un projet collectif ancré dans des réalités territoriales multiples, “fruit d’une rencontre entre trois structures artistiques situées au Cameroun, au Maroc et en France, animées par un même désir d’interagir avec le territoire qui les accueille”.

Zone Franche

Méthodologie et genèse :

Le projet est né à Tanger il y a un an et demi comme le rappelle la directrice de l’Institut des Cultures que j’avais rencontrée en (relire mon interview). Des workshops ont été organisés à Tanger, Douala et Paris entre novembre 2019 et janvier 2020, réunissant les trois structures partenaires et plus d’une centaine d’acteurs locaux. Une méthodologie expérimentale très vite relayée par les plateformes virtuelles en ces temps de pandémie. On peut écouter leurs témoignages sont réunis sur un écran dans la dernière salle du parcours.

Saidou Dicko – La princesse du dimanche

Concept :

Comme le résume les commissaires : “La Zone Franche, telle que portée par nos trois centres d’art contemporain, se veut avant tout un contre-pied de l’exclusion inhérente au concept économico-juridique. Elle se conjugue au singulier, parce qu’elle est une convergence de nos mots et pensées, une mutualisation de nos expériences et sensibilités, une architecture permettant de donner à nos visiteurs un accès aux réalités et aux imaginaires de la multitude des personnes croisées, rencontrées, touchées… “

Sabrina Belouaar, The Gold Sellers, 2018 ADAGP, Paris 2021

Les axes du parcours répartis en 3 chapitres :

  1. Ce(ux) qui traverse(nt) les frontières

Pour pénétrer dans Zone Franche, il convient d’abord de changer ses €uros contre des Afros. Utopie artistique imaginée par Mansour Ciss, cette monnaie panafricaine qui circule au sein de l’Institut des Cultures d’Islam, invite d’emblée à questionner les systèmes hérités du colonialisme. Dans cette logique, Malala Andrialavidrazana et Fatiha Zemmouri soulignent le caractère arbitraire de l’outil cartographique, au service de visions du monde divergentes. Jean-David Nkot fait le parallèle entre migrations contemporaines et développement urbain pour repenser la notion de progrès. Saïdou Dicko et Mohamed Arejdal rendent hommage aux peuples nomades du Sahel, en nous interpellant sur la disparition des modes de vie traditionnels. Enfin, Salim Bayri invite les visiteurs à réussir un parcours migratoire vers l’Europe, dans un jeu vidéo plein d’ironie.

Jean-David Nkot

2. Dans les interstices de la mondialisation

L’exposition interroge des pratiques informelles qui se glissent dans les interstices de la mondialisation, comme autant de mécanismes de survie. Sabrina Belouaar souligne le combat et la résilience des femmes pratiquant la vente à la sauvette de bijoux dans les rues d’Alger. Hicham Gardaf met en évidence l’important phénomène de construction spontanée d’habitats plus ou moins précaires qui se développent aux marges de la ville de Tanger, métamorphosée par un plan d’urbanisation massif. Tandis que Randa Maroufi s’intéresse aux protagonistes d’un important phénomène de contrebande à la frontière du Maroc et de l’Espagne, Mariam Abouzid Souali dénonce le grand jeu de l’oie du capitalisme et pose la question : quand c’est gratuit, c’est qui le produit ?

Mariam Abouzid Souali

3. Connexions immatérielles

La troisième partie de l’exposition ouvre le champ des possibles et atteste de l’infinie capacité de l’homme à se réinventer. L’âpreté de l’environnement immédiat s’y dissout au profit d’autres mondes, lointains ou rêvés, comme dans la constellation généalogique tissée par Smaïl Kanouté ou le paysage poétique dessiné par Chourouk Hriech à partir de références à Tanger, Douala et Paris. Chez Salifou Lindou, les objets de culte et les mélodies voyagent, changeant de registres, d’usages et de sens.

Un parcours visuel et sonore du Cercle Kapsiki intitulé Les Fables du Calao fait enfin déborder l’exposition dans les rues de Barbès La Goutte d’Or. Les oiseaux colorés perchés ici et là guident le visiteur sur la piste des innombrables langues qui façonnent le quartier, mettant à l’honneur leurs musicalités.

Le Quartier Général Africa 2020

En tant que QG Paris Goutte d’Or, l’ICI organise autour de l’exposition Zone Franche une cinquantaine d’événements. Les questions de mobilité, de migrations et de pratiques informelles sont abordées dans des spectacles de danse, des concerts de musique actuelles, des conférences littéraires et scientifiques, des films et des activités pour le jeune public. La programmation compte par ailleurs des créations inédites produites par l’ICI et présentées pour la première fois au public.

Les co-commissaires :

Princesse Marilyn Douala Manga Bell (doual’art – Cameroun)

Bérénice Saliou (Institut des Cultures d’Islam – France)

Hicham Bouzid et Amina Mourid (Think Tanger – Maroc)

Les artistes :

Mariam Abouzid Souali, Mohamed Arejdal,

Malala Andrialavidrazana, Sabrina Belouaar,

Mansour Ciss, Saïdou Dicko, Hicham Gardaf,

Chourouk Hriech, Smaïl Kanouté,

Le Cercle Kapsiki, Salifou Lindou,

Randa Maroufi, Jean David Nkot

et Fatiha Zemmouri

En attendant la réouverture du lieu, une visite virtuelle très détaillée de l’exposition ainsi qu’une partie des rendez-vous du QG, sont proposées dès le 3 février sur www.ici.paris.

Catalogue de l’exposition :Auteurs : Hicham Bouzid et Amina Mourid, Bérénice Saliou, Princesse Marilyn Douala Manga Bell, Mehdi Alioua, Aude Christel Mgba et Lionel Manga Bilingue : anglais / français Broché 16 × 24 cm 64 pages 12€

Les partenaires :

doual’art est un centre pour l’art contemporain, qui a été fondé en 1991 par Marilyn Douala Bell et Didier Schaub en tant qu’association à but non lucratif. L’objectif du centre est de soutenir la production artistique contemporaine au Cameroun, par le biais d’expositions, d’ateliers et de séminaires, et de contribuer, par un positionnement participatif, au développement d’une identité culturelle et d’une conscience esthétique collective de la population à Douala.

Think Tanger est une plateforme culturelle qui explore et expérimente les multiples enjeux sociaux et spatiaux de l’urbanisation de la ville de Tanger, à travers des programmes à la croisée de plusieurs pratiques : arts visuels, design, graphisme, recherches participatives et pratiques urbaines. Les activités de Think Tanger se déclinent entre autres, sous la forme de laboratoires urbains, ateliers participatifs, walkscapes, résidences d’artiste, expositions, rencontres & podcasts, publications… Think Tanger a été créé en 2016 par Hicham Bouzid et Amina Mourid. Il est basé au sein de l’Atelier Kissaria, niché au cœur de la ville, au Grand Socco.

Infos pratiques :

ICI Stephenson : 56, rue Stephenson – 75018 Paris

ICI Léon : 19, rue Léon – 75018 Paris

Zone Franche – Institut des Cultures d’Islam (institut-cultures-islam.org)