Jean-Marc Prevost, Tarik Kiswanson l’exposition fantôme au Carré d’Art 🎧

NOUVEAU DIRECTEUR DU MUSEE D ART COMTEMPORAIN CARRET D ART JEAN MARC PREVOST

Alors que l’exposition de Tarik Kiswanson devait ouvrir au moment même du second confinement privant le public de cette remarquable traversée dans l’œuvre d’un artiste qui a 33 ans déploie l’ensemble de sa palette et de son talent autour des états du corps et de la mémoire dans des dispositifs sensibles et conceptuellement très aboutis, Jean-Marc Prevost à l’origine de cette invitation revient sur ce moment très délicat à vivre. Il nous retrace les différentes étapes de cet ambitieux projet, accompagné également du premier catalogue de l’artiste. En terme de programmation le décalage de l’exposition aura un impact direct sur l’exposition de Nairy Baghramian a déjà été déprogrammée une première fois. En ce qui concerne la vie de la collection un nouvel accrochage met l’accent sur Supports/Surfaces la peinture des années 1980 et 90 et de nouvelles acquisitions. Pour ce qui est des défis à venir se pose la question de la stratégie digitale pendant toute cette période même si le Carré d’Art comme d’autres institutions manque de budget dédié à ce domaine alors que de nouvelles priorités vont certainement émerger.

Comment avez-vous réagi face à l’impossibilité d’ouvrir au public l’exposition de Tarik Kiswanson ?

Il a été difficile de ne pas pouvoir en effet ouvrir cette exposition au public surtout pour l’artiste dont c’était la première exposition dans une institution muséale et qui a donné beaucoup de lui-même et d’énergie dans la production de nouvelles oeuvres.  C’était assez frustrant de ne la montrer qu’à seulement quelques personnes, dont journalistes, le bouche à oreille devant se faire on l’espère.  Heureusement notre photographe officiel avait pu réaliser des images mais se pose la question de les diffuser dans leur ensemble ou seulement quelques unes pour donner envie au public de venir la découvrir quand ce sera de nouveau possible. On ne veut pas tout livrer de cette exposition qui est très sensible et qu’il faut véritablement expérimenter.

Tarik Kiswanson, Vestibule, 2016 Courtesy de l’artiste et Almine Rech Gallery

Enjeux de l’exposition conçue avec l’artiste 

Le point de départ était l’idée de l’enfance et de la mémoire des corps, deux composantes fortes de son travail et de ses performances avec également des œuvres que nous ne connaissions pas et que l’artiste a produites pour l’exposition. La moitié de l’exposition se compose en effet de pièces nouvelles, soit par leurs dimensions ou les techniques employées. C’était très interessant de pouvoir les découvrir au moment du montage. Plutôt qu’être une rétrospective, l’artiste n’ayant que 33 ans, l’idée était de montrer les grandes lignes qui traversent sa démarche, comme le métissage, la mémoire, les possibles de l’enfance.

Tarik Kiswanson, Carré d’art 2020 présentation presse, photo Marie de la Fresnaye

L’exposition offre comme une sorte de cheminement à travers une mutation à l’œuvre des matériaux et du corps

Il y a en effet cette idée consciente ou inconsciente au départ avec un accrochage qui a changé plusieurs fois, depuis plus d’un an et suivant les œuvres produites.  Les chrysalides à la fin du parcours incarnent cette idée de renaissance en rapport à la nature et à l’enfance. Dans ces temps difficiles c’est une exposition plutôt optimiste. Le titre de l’exposition Mirrorbody, Corpsmiroir nous renvoie aux notions d’échanges et de relations.

Mirrorbody Tarik Kiswanson, Carré d’art 2020, présentation presse photo Marie de la Fresnaye courtesy l’artiste, Almine Rech gallery

Place des performances dans sa démarche

Les performances sont assez centrales et inhérentes à la dimension d’échange et d’interaction dans le travail de l’artiste avec des enfants et préadolescents dans une intense proximité.  Nous avions pris le temps à trouver à Nîmes des enfants qui pouvaient performer. Ce côté performatif s’inscrit en effet au cœur de son travail que ce soit à New York, au Centre Pompidou ou au collège des Bernardins. Tarik Kiswanson est un artiste qui produit des œuvres qu’il fait lui-même comme les grandes pièces en métal mais aussi des performances, des vidéos ou des poésies. Dans cette exposition nous sommes face à tout le spectre de sa pratique. 

Comment avez-vous découvert son œuvre et décidé de l’inviter au Carré d’Art ?

J’ai découvert son travail assez tôt à travers sa première exposition à la galerie Almine Rech en 2015 « No hard feelings » sans toutefois le rencontrer. Ensuite j’avais vu son exposition à la Fondation Ricard puis je l’ai véritablement rencontré au moment de sa performance au Centre Pompidou l’année dernière et invité alors.

Impact de ce contexte sur la publication du catalogue

Le premier catalogue est toujours un moment important dans le parcours d’un jeune artiste. La sortie du catalogue était forcément décalée car il souhaitait y inclure des vues d’exposition. La maquette est prête, le maquettiste est en train de la finaliser avec les vues de l’exposition réalisées la semaine dernière et retouchées. Nous avions bon espoir de le sortir en décembre avant Noël. C’est un beau livre avec de nombreuses œuvres reproduites. Nous avons aussi réalisé une édition limitée d’un de ses dessins.

Carré d’Art, nimes. Nouvel acrochage des collections. fev. 2020 Etel Adnan, Guillaume Leblon, Manna, Julien Creuzet, Stan Douglas, LaToya Fraser, Yto Barrada, Toni Grand, Francesco Clemente, Enzo Cuchi, Disler, Sigmar Polke, Gerard Richter, On Kawara, Ugo Rondinone, Claude Viallat, Pincemin (…)

Vie de la collection et nouvel accrochage : critères de choix

Il est toujours difficile de choisir au sein de cette grande collection amorcée dès les années 1980, certains choix se faisant de façon subjective selon ses affinités, ayant plus d’intérêt et de regard pour certaines œuvres que d’autres.

D’une part, je tiens toujours à consacrer une salle à Supports/Surfaces, mouvement qui symboliquement est lié au sud et à Nîmes avec Claude Viallat qui y habite ou Daniel Dezeuze à Sète, en hommage à ces artistes dont nous avons de très belles œuvres qui ont été acquises au tout début du musée ou déposées comme celles de Claude Viallat ou d’artistes proches de lui. Il ya aussi une très belle salle consacrée à Toni Grand.

Cet accrochage donne aussi à voir de nouvelles acquisitions et je sais que le public apprécie. J’ai donc choisi notamment LaToya Ruby Frazier acquise après notre exposition de 2015, Stan Douglas une vue de New York, 2ème œuvre qui entre dans la collection, Julien Crépieux à travers deux sculptures, Jumana Manna et la vidéo d’Hito Steyerl suite à une demande de dépôt du FNAC.

Je voulais aussi faire référence à cette histoire liée à la peinture, la collection du musée étant très orientée au départ vers la peinture des années 1980 et 90 avec Francesco Clemente, Enzo Cucchi, Sigmar Polke et aussi des français comme Alain Jacquet ou Robert Combas.

Carré d’Art, nimes. Nouvel acrochage des collections. fev. 2020 Etel Adnan, Guillaume Leblon, Manna, Julien Creuzet, Stan Douglas, LaToya Fraser, Yto Barrada, Toni Grand, Francesco Clemente, Enzo Cuchi, Disler, Sigmar Polke, Gerard Richter, On Kawara, Ugo Rondinone, Claude Viallat, Pincemin (…)

Quels nouveaux enjeux se dessinent selon vous face à cette 2ème vague de confinement ?

Il est difficile de se projeter et d’autant plus quand on travaille dans un musée avec des artistes vivants. Il faut savoir les accompagner et les rassurer. Il est aujourd’hui très compliqué de pouvoir penser une programmation avec des dates précises. L’exposition de Nairy Baghramian initialement prévue en avril de cette année a déjà été reportée à avril 2021 et le sera certainement encore de quelques mois supplémentaires. Toute ces incertitudes sont difficile à gérer dans l’idée de construire un projet avec les artistes. Pour Nairy Baghramian le concept de l’exposition avait déjà été conçu en amont et nous nous trouvions lors du premier confinement dans la phase de transport des œuvres, moment aussi très étrange.

L’on parle beaucoup de multimedia et de projets on-line. Je pense que de nouveaux métiers vont être inventés pour essayer de concevoir une médiation qui au-delà de la présence physique dans l’espace, puisse la complèter ou le remplacer pendant une certaine période. Pour l’instant parcourant les sites de musées je vois très peu de choses innovantes mais cette crise va certainement accélérée l’émergence de nouvelles propositions. C’est aussi une question de budget et de savoir faire technique dans des musées comme les nôtres où nous avons déjà mis en place certains contenus en ligne. Nous n’avons personne dédié à plein temps à ce genre d’activités et devons improviser avec une grande implication des équipes. Nous ne sommes pas Le Louvre ou le Centre Pompidou avec un service entier consacré à ces stratégies ! Peut-être que de nouvelles priorités vont advenir avec le temps et de nouvelles choses seront inventées même si je manque de recul, tout cela étant encore très récent. Ce que je sais c’est que le contenu doit rester central dans les différents outils ou pratiques de médiation.

En écoute : FOMO Podcast 🎧

Infos pratiques :

Mirrorbody, Tarik Kiswanson

Le Carré d’art est fermé suite aux annonces gouvernementales,

Dates de prolongation de l’exposition communiquées prochainement.

Carré d’Art – Musée d’art contemporain de Nîmes – Carré d’Art (carreartmusee.com)